L’innocent du Village-aux-roseaux – Chen Jiying

Drôle de découverte que ce livre. L’innocent du Village-aux-roseaux est un livre qu’on m’a offert Noël dernier, et que je ne connaissais pas du tout, ni n’en avais jamais entendu parlé. Bon, en même temps, c’est un livre Taïwanais des années traduit en français dans les années 80, c’est pas les conditions idéales pour faire beaucoup parler de soi. ^^

Alors, de quoi ça parle ? Déjà, l’action se déroule entre 1900 jusqu’aux années 1950. En 1900, est la date de ce qu’on appelle la “révolte des Boxeurs”, un mouvement xénophobes qui s’en prenait à tout ce qui n’était pas chinois, en particulier la religion catholique en Chine, et les convertis au passage. En 1900, donc, lesdits boxeurs passent par le “Village-aux-roseaux” comme le dit le titre, ou par “Roisel”, comme il est nommé dans la traduction du texte. Donc, ils passent, en tuant et en violant tout ce qui bouge, ne survit que les gens qui ont réussi à se cacher dans la végétation (les fameux roseaux du titre. ^^) Lorsque les gens sortent de leur cachette, ils découvrent un des Boxeurs, blessé, abandonné par les autres dans ce villages. Lorsqu’on l’interroge, il prétend n’avoir tué personne, et c’est pour laquelle il a été laissé pour mort par ses anciens camarades de tueries. Le chef du village intervient donc en sa faveur (pour pas que les villageois se vengent de la perte des leurs sur lui) et lui permet de rester dans ce village. C’est dans ce contexte qu’on va voir se dérouler la première moitié du XXème siècle par les yeux de “l’Innocent” boxeur capturé.

Mais cet “innocent”, pourquoi l’appelle-t-on ainsi, et qui est-il ? L’Innocent, aussi appelé par son nom “Conforme-à-tout” est appelé ainsi car il est censé être naïf, un peu bête, innocent quoi, mais dans le sens enfantin du terme alors qu’en fait, s’il est nommé innocent par l’auteur, le narrateur ainsi que nombre des personnages qu’il côtoie, il n’est absolument pas innocent en quoi que ce soit, il a d’ailleurs des motivations et des raisonnements tout à fait réalistes, des ambitions de pouvoir et d’amour comme n’importe qui peut en avoir, avec une réflexion pas forcément très élaborée pour atteindre ses ambitions, mais bon… il est pas plus bête que n’importe quel autre personnage du village. Bon, en réalité, il tire son ambition du fait que c’est Guandi (la divinisation de Guan Yu, général de l’époque des trois royaumes) qui lui a annoncé dans un rêve qu’une quarantaine d’année après ce dit rêve il sera en gros riche et célèbre. A part ça, c’est un personnage tout à fait normal. Bon, en réalité, quand j’ai lu la quatrième de couverture, j’avais bon espoir d’avoir un bon livre entre mes mains, un livre où, comme dans Un Paradis de Sheng Keyi, on aborderait des thématiques dures, mais par la narration d’un personnage un peu “innocent”, et qui ne comprend pas tout aux événements qui l’entourent… Mais là non. Bon, en réalité, à plusieurs reprises dans ce roman, le personnage de Conforme-à-tout m’a beaucoup fait penser au personnage d’Ah Q, dans le roman de Lu Xun, La véritable Histoire d’Ah Q, puisque dans certaines scènes, il a le même pouvoir d’auto-persuasion (dans certaines scènes uniquement, ce qui créé un décalage pour moi), mais il a également une réplique qui est exactement la même (que je ne met pas, car ça voudrait dire spoiler à la fois ce livre, et celui de Lu Xun, ce serait dommage de faire un double spoil, n’est-ce pas ? ^^).

Encore une chose sur l’innocent… Si c’est le personnage principal et qu’il apparait dans le titre en VF, ce n’est pas le cas dans le titre VO du livre, qui est : 荻村传, soit, “L’histoire du Village-aux-roseaux”, bon, ça ne fait pas une grande différence, mon seul regret est que le traducteur n’a pas choisi une traduction pour le nom du village et en a présenté une différente entre le titre et le corps de texte. Qu’on traduise tous les noms propres en Chinois passe encore, on commence à en avoir l’habitude, mais faut se fixer sur un nom. ^^

Allez, ce livre n’a vraiment pas que des défauts, j’ai quand même passé un assez bon moment, mais bon, le coup du personnage un peu copié sur Lu Xun, ça m’a un peu coupé mon plaisir par moment.

S’il était pas si rare et difficile à trouver, je l’aurait peut-être conseillé, pour ceux qui auraient eu l’envie de faire la comparaison avec le Ah Q de Lu Xun, genre, “et si Lu Xun avait vécu plus tard et à Taiwan, comment il aurait écrit son livre ?” J’ai assez apprécié ma lecture, mais je peux pas vous dire que c’est un incontournable de la littérature chinoise, ou même Taiwanaise.