Nouilles Chinoises – Ma Jian

Un jour que j’avais du temps à tuer en ville, je me suis automatiquement dirigé vers une librairie (comme à mon habitude quand j’ai du temps à perdre en ville, en fait ^^). Comme j’avais vraiment beaucoup de temps ce jour là, j’ai flâné un bon moment entre les rayons “littérature asiatiques” et les rayons “BDs et Mangas” afin d’être sûr de vraiment trouver mon bonheur. Après quelques temps, je m’apprêtais à sortir, mais dans le doute, j’ai fait un petit dernier tour dans le rayon afin d’être sûr de ne rien trouver de mieux. Et là, caché derrière le rayon, je trouve Nouilles Chinoises, de Ma Jian ! Ayant l’impression d’avoir déniché un trésor, et la couverture me plaisant vraiment, je suis sorti de la librairie sans même lire la quatrième de couverture. ^^

L’histoire de ce roman est très simple : c’est celle d’un écrivain professionnel (ce qui signifie qu’il travaille pour le parti communiste chinois) qui a une commande du parti : il doit écrire sur un “nouveau Lei Feng”. Lei Feng était une figure de la propagande chinoise : c’est le citoyen modèle, qui est conforme aux attentes du parti, que ce soit au travail ou en dehors. Cet écrivain doit donc trouver un nouveau citoyen modèle, et cherche, parmi les gens qu’il a côtoyé, si certains peuvent convenir à ce statut. Il s’en suit les récits à propos de 9 personnages, alternant entre le point de vue de l’écrivain professionnel discutant avec un de ses amis (un des neuf personnages, le donneur de sang professionnel) et un point de vue omniscient. Ces personnages, censés représenter les “citoyens modèles”, sont toujours décrits assez durement, avec à mon sens un crescendo dans la violence des descriptions au fur et à mesure du récit.

Au vu de la couverture uniquement, je m’attendais du coup à un roman un peu poétique, contemplatif comme je les aime. Bon, pour la poésie c’est loupé, on est sur de la narration assez trash. En gros on assiste à un suicide en public, à des viols collectifs et à d’autres joyeusetés…

La traduction est très bien, la traductrice Constance de Saint-Mont a traduit la plupart des écrits de Ma Jian (qui écrit en anglais). Je n’aurais qu’un bémol : comme c’est écrit en anglais, la traductrice traduit la langue, mais semble ne pas très bien connaitre la culture chinoise : le livre contient de nombreuses références à l’histoire et à la littérature chinoise, références qui ne sont pas toujours transmises par la traductrice. Juste un exemple : dans le récit, il est mentionné le roman Au bord de l’eau (ultra connu dans la littérature chinoise), et le passage par l’anglais fait que le titre de ce roman est devenu Les hors-la-loi du marais. Et ne parlons pas du massacre sur le peu de noms propres du roman, qui ne sont pas toujours écrits pareils d’un coup sur l’autre (y compris sur la quatrième de couverture où Lei Feng devient “Li Feng”). Donc si globalement c’est très bien traduit, j’ai été gêné par ces éléments-là.

Un commentaire de ce roman sur Livraddict décrit certains passages de ce roman comme étant misogynes, et que le livre est “absurde et grotesque” et qu’il ne faut pas prendre le récit au premier degré pour le comprendre. Même si je peux comprendre certains de ces reproches, je ne suis pas d’accord avec tout : certains passages sont en effet très durs, surtout envers les femmes, mais les hommes y prennent également leur compte. Ensuite, le roman n’est en effet pas à prendre au premier degré : c’est une satire de la société chinoise et les passages rudes sont présents afin de les critiquer, ce n’est pas, à mon sens, du trash pour du trash, et si on ne voit pas où est le second degré, le livre peut juste être dérangeant et sans grand intérêt pour le lecteur. A voir si la narration peut vous convenir. ^^
Ce n’est d’ailleurs pas que la société chinoise qui est critiquée : à la fin du récit, on voit en partie la situation à travers le point de vue d’un chien, qui propose une vision de la société si elle était contrôlée par des chiens, et on peut voir en quoi les humains se comportent bien souvent pire qu’eux. La société capitaliste est critiquée, tout autant que le système communiste qui a régi la Chine pendant des dizaines d’années.

En bref, ce roman est à voir pour moi comme une critique de la société, mais aussi des hommes, à voir les différents personnages abjects, vus comme des citoyens modèles. Ce n’est absolument pas une lecture légère et divertissante, mais j’y ai quand même bien trouvé mon compte et pour moi, rien dans ce livre n’est gratuit. Une lecture enrichissante pour moi !